Neuromythe #2 - Cerveau gauche vs cerveau droit ?
27 nov. 2017Le mythe, relativement ancien, a été largement popularisé dans les années 70s par trois neurologues de l’université d’Harvard. Connu sous le nom de « théorie des deux cerveaux », il prétend que chaque hémisphère cérébral est spécialisé dans telle ou telle capacité, qui lui serait exclusive. Partant de ce constat, il fut extrapolé qu'un cerveau dominant pouvait expliquer les personnalités.
Par exemple, si vous avez l’esprit rationnel, que vous êtes organisé, vous êtes « cerveau gauche », c’est-à-dire que votre hémisphère gauche est dominant. A l’inverse, si vous êtes quelqu’un de créatif, intuitif, que vous avez des talents artistiques, alors vous êtes « cerveau droit ».

Cette idée découlerait indirectement des travaux de Paul Broca, qui découvrit en 1861 une zone de l’hémisphère gauche qui était systématiquement endommagée chez des patients présentant une incapacité à parler. Si les travaux de Broca étaient très sérieux (on donnera son nom à la zone ainsi découverte : l’ « aire de Broca »), ses observations débouchèrent sur des conclusions erronées que d’autres n’hésitèrent pas à exploiter.
Dans les années 1960s, le neuropsychologue américain Roger Sperry effectua d’importantes recherches sur le « cerveau divisé », qui lui permettront notamment d’obtenir un prix Nobel en 1981. En ultime recours contre l’épilepsie, des chirurgiens pratiquaient une callosotomie, qui consiste à retirer le corps calleux reliant les deux hémisphères et leur permettant de communiquer.
Les deux hémisphères ne partageant plus leurs informations, Sperry avait exposé les patients à différentes images aux extrémités d'un écran. Celles à l'extrême droite d'abord perçues par l’œil droit étaient traitées par l’hémisphère gauche, et celles à l'extrême gauche d'abord perçues par l’œil gauche étaient traitées par l’hémisphère droit.
Les principales régions liées au langage se situent dans l’hémisphère gauche, de sorte qu’une information captée par l’hémisphère droit seulement ne peut pas nous être décrite par le patient. La personne pourrait rire, par exemple, si l’image est à caractère humoristique, mais serait incapable d’expliquer pourquoi.
Dès lors, la théorie des deux cerveaux, infiniment plus simple que la complexe réalité du fonctionnement cérébral, séduisit les foules. En plein mouvement hippy, le parallèle fut fait par certains avec le yin et le yang, des stages onéreux se développèrent, un commerce lucratif était né sur le dos d'un mythe.
Encore aujourd’hui, cette idée et ses dérivés connaissent un succès retentissant. Nombre de magazines proposent une myriade de « tests » pour déterminer quel est notre « hémisphère dominant », et la culture populaire y semble profondément attachée.
Pourtant, tout neuroscientifique actuel peut vous en parler : cette théorie est plus que simpliste, et dans les faits, totalement fausse. Depuis des années, les preuves s’accumulent à l’encontre de ce mythe tenace, et notamment grâce à l'imagerie médicale qui, encore une fois, dissipe le mystère en permettant l'observation du cerveau en action.

Dans les années 1990s, avec l’amélioration des scanners, on put constater que lorsqu’une personne écoutait un texte ou s’exprimait elle-même, son hémisphère gauche traitait les aspects centraux de la parole, comme la grammaire, la production des mots, tandis que l’hémisphère droit s’occupait de l’intonation et de l’accentuation des mots. De la même façon, nous avons pu observer que le droit gère mieux la perception générale de l’espace, alors que le gauche s’active lorsque nous localisons précisément des objets, à des endroits spécifiques.
En définitive, l'asymétrie de fonctionnement entre nos deux hémisphères peut se résumer à une façon différente de traiter une même information, et non à une répartition gauche/droite des informations traitées. Nous savons aujourd’hui que toutes les fonctions nécessitent d’être traitées par les deux hémisphères pour être réalisée pleinement et correctement.
Nos deux hémisphères sont donc parfaitement complémentaires, ils communiquent, partagent leurs informations en permanence et rendent caduque la perspective de deux cerveaux séparés et surtout concurrents ; bien que chacun ait sa «spécialité», l’autre n’est jamais loin pour traiter les informations complémentaires, et à eux deux, ils forment bel et bien notre seul et unique cerveau !

